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Afrique du Sud : et si ce n'était plus de la xénophobie, mais une guerre contre les Africains ?

Afrique du Sud : et si ce n'était plus de la xénophobie, mais une guerre contre les Africains ?

Tribune de Blaise ABITA

L'Afrique du Sud est entrée dans l'histoire comme la nation qui a vaincu l'apartheid et offert au monde l'image d'une réconciliation incarnée par Nelson Mandela. Ce pays, bâti sur le rejet du racisme institutionnalisé et sur la défense de la dignité humaine, était devenu un symbole d'espérance pour tout le continent africain.

Pourtant, plusieurs décennies après la fin de l'apartheid, une autre réalité s'impose avec inquiétude : les violences répétées contre les migrants africains.

À intervalles réguliers, des commerces sont incendiés, des habitations pillées, des familles contraintes de fuir et des personnes agressées, parfois tuées, uniquement parce qu'elles sont originaires de la République démocratique du Congo, du Zimbabwe, du Mozambique, du Nigeria, de la Somalie ou d'autres pays africains.

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Ces violences sont généralement qualifiées de xénophobie. Mais ce terme décrit-il encore fidèlement la réalité ?

De plus en plus de chercheurs, d'universitaires et d'organisations de défense des droits humains parlent désormais d'afrophobie. La nuance est importante. Car les attaques ne visent pas indistinctement tous les étrangers. Les ressortissants européens, américains ou asiatiques sont rarement la cible de ces violences. Ce sont principalement des Africains qui paient le prix de cette haine.

Cette évolution soulève une interrogation profonde : comment des Africains peuvent-ils en arriver à considérer d'autres Africains comme des ennemis sur leur propre continent ?

Il serait simpliste d'ignorer le contexte économique sud-africain. Le chômage élevé, les profondes inégalités héritées de l'apartheid, la pauvreté persistante et la hausse du coût de la vie alimentent les frustrations sociales. Dans ce climat tendu, certains responsables politiques ou mouvements populaires présentent les migrants comme responsables du manque d'emplois, de l'insécurité ou encore de la saturation des services publics.

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Pourtant, de nombreuses études montrent qu'aucune preuve sérieuse ne permet d'attribuer ces difficultés uniquement à la présence des migrants.

Transformer les étrangers en boucs émissaires ne crée ni emplois, ni croissance économique. Cette stratégie nourrit davantage la peur, les divisions et la violence qu'elle n'apporte de solutions durables.

Pour les milliers de Congolais établis en Afrique du Sud, cette situation demeure particulièrement préoccupante. Beaucoup travaillent, entreprennent, paient leurs impôts et contribuent à l'économie locale. Malgré cela, ils vivent souvent dans l'angoisse permanente d'être pris pour cible simplement en raison de leur nationalité.

Au-delà du cas sud-africain, cette crise constitue également un défi majeur pour l'Union africaine (UA). L'organisation continentale défend l'intégration régionale, la libre circulation des personnes et le rapprochement entre les peuples africains. Mais comment bâtir une Afrique unie lorsque des citoyens africains craignent pour leur sécurité dans un autre pays africain ?

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L'Afrique du Sud conserve une responsabilité particulière aux yeux du continent. Le pays qui a inspiré le monde par son combat contre l'apartheid est aujourd'hui attendu sur un autre front : celui de la protection de tous les habitants vivant sur son territoire, sans distinction d'origine ou de nationalité.

L'héritage de Nelson Mandela ne peut pleinement survivre dans un environnement où des Africains sont attaqués parce qu'ils sont Africains. Le véritable adversaire n'est pas le migrant venu d'un pays voisin, mais la pauvreté, les inégalités, la désinformation et les discours de haine qui dressent des communautés les unes contre les autres.

Car lorsqu'un Africain est persécuté sur le sol africain pour ses origines, c'est bien plus qu'une personne qui est visée : c'est l'idéal d'une Afrique solidaire, fraternelle et unie qui vacille.

Blaise Abita

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