Le 11 juillet, le Centre d’opérations d’urgence de santé publique a publié un relevé unique sur la prévention des infections en Ituri. Ce jour-là, 175 établissements sur 1 170 disposaient d’un triage à circuit unidirectionnel, soit 15 %. Quarante-cinq structures sur 678 en zones à haut risque avaient reçu un kit complet PCI, soit 6,6 %. Près de 924 prestataires sur 1 640 avaient été formés aux mesures PCI/EHA Ebola, soit 56,3 %. Enfin, 208 établissements sur 1 170 pouvaient conserver de l’eau pendant 48 heures, soit 17,8 %. Ces données, consignées dans le rapport numéro 058, disparaissent ensuite des bulletins suivants avant de réapparaître le 17 juillet et d’être reconduites sans changement jusqu’au 23.
Le rapport du 17 juillet reformule l’indicateur en « 175/1 170 unités de triage fonctionnelles », repris ensuite dans le tableau des défis. Le triage unidirectionnel sépare les entrants et évite qu’un cas suspect ne croise les autres patients. Sur les 1 170 établissements concernés, 995 ne disposaient pas de ce dispositif. Le rapport ne précise pas combien pratiquaient un tri non conforme. Le chiffre le plus sévère, 45 établissements sur 678 dotés d’un kit complet PCI (6,6 %), n’a jamais été repris après le 11 juillet et disparaît sans explication.
Le rapport du 23 juillet inscrit noir sur blanc le risque : « infections nosocomiales (123 cas PPL dont 36 décès) ». La catégorie PPL regroupe les personnels de santé et prestataires de première ligne. Sur ces 123 personnes, 67 sont guéries, 20 hospitalisées et 36 mortes, soit une létalité de 29,3 %. Bunia en compte 35 dont 14 morts, Rwampara 32 dont 7, Mongbwalu 16 dont 8, Nizi 3 dont 3. Une incohérence subsiste : la colonne des hospitalisations affiche 18 alors que le total indique 20.
Le premier cas suspect connu est un agent de santé tombé malade le 24 avril et décédé à Bunia. Entre le 24 et le 27 avril, quatre soignants sont morts à Mongbwalu. L’OMS n’a été alertée que le 5 mai, la confirmation du virus Bundibugyo est tombée le 14 et la déclaration officielle le 15. L’organisation a qualifié cette séquence de manquements critiques aux protocoles de prévention.
Au Nord-Kivu, une évaluation du 3 juillet donnait un score moyen de conformité de 28,1 % pour huit établissements de Beni. Cinq jours plus tard, dix-huit structures de Musienene et Beni affichaient 25,1 %. Le rapport souligne un faible niveau d’application des mesures essentielles, surtout dans les dispensaires privés. En Tshopo, seulement cinq unités de triage sur 79 étaient fonctionnelles au 22 juillet.
Le défi numéro 7 du 11 juillet pointait déjà l’insuffisance des intrants et la formation limitée, avec 112 cas et 35 décès parmi les personnels de première ligne. Trois jours plus tard, les équipes du centre de Rwampara lançaient un mouvement de grève. Radio Okapi rapportait le 14 juillet que les grévistes dénonçaient des conditions de travail dangereuses et un manque d’équipements de protection. Le lendemain, devant le centre de Bunia, hygiénistes et agents de surveillance manifestaient à leur tour, réclamant transparence des listes de paie et égalité de traitement.
Malgré les tensions, le rapport du 23 juillet documente 18 rings ouverts, 35 établissements suivis, 10 évaluations, 182 personnels formés et 44 ménages décontaminés. Mais la pression reste forte : au Nord-Kivu, 192 patients étaient isolés pour 141 lits. À Bunia, Médecins sans frontières décrivait un centre saturé de 90 lits presque toujours pleins. Les patients préféraient attendre chez eux qu’un lit se libère. L’organisation résumait le retard accumulé : « Chaque retard coûte des vies. Nous continuons à courir après l’épidémie au lieu de garder une longueur d’avance. »
Deux données manquent encore. Les rapports écrivent « insuffisance des intrants PCI » sans jamais publier un stock ou un délai de réapprovisionnement. Sur les 36 personnels morts, aucune source publique ne donne un nom ou une fonction. Les quatre morts de Mongbwalu qui ont ouvert l’épidémie restent anonymes trois mois plus tard. Et aucune réponse nominative de la coordination sur le triage et les équipements de protection ne figure à ce jour dans une source publique.
Rédaction
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