La République démocratique du Congo continue de faire face à une progression de sa 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola. Dans son rapport de situation n°079 publié le 2 août, le Centre des opérations d'urgence de santé publique (COUSP) indique que l'épidémie, déclarée le 15 mai et provoquée par la souche Bundibugyo, totalise désormais 3 748 cas confirmés et 1 657 décès confirmés dans cinq provinces du pays.
Par rapport au précédent bulletin épidémiologique, la riposte a enregistré 74 nouveaux cas confirmés, 36 nouveaux décès et 42 guérisons supplémentaires en l'espace de vingt-quatre heures. Le nombre total de personnes guéries atteint désormais 708, tandis que 227 cas suspects restent en attente de confirmation par les laboratoires.
En effet, l'Ituri demeure de loin la province la plus affectée par cette épidémie. À elle seule, elle concentre 3 278 cas confirmés, soit près de 88 % des contaminations enregistrées depuis le début de l'épidémie. Le bilan provincial fait également état de 1 359 décès répartis dans 28 zones de santé sur les 36 que compte la province.
Les zones de santé de Bunia, Rwampara, Mongbwalu et Nizi enregistrent le plus grand nombre de cas. Selon les autorités sanitaires, ces quatre zones constituent actuellement les principaux foyers de transmission et concentrent la majorité des nouvelles contaminations recensées quotidiennement.
Le Nord-Kivu reste la deuxième province la plus touchée avec 400 cas confirmés et 262 décès. Les autorités sanitaires soulignent que cette province présente le taux de létalité le plus élevé parmi les zones fortement affectées, dépassant 65 %. Au cours de la dernière journée de surveillance, onze décès y ont été enregistrés, dont plusieurs sont survenus au sein des communautés avant toute prise en charge médicale.
Le Haut-Uélé totalise 60 cas et 30 décès, tandis que la Tshopo compte sept cas confirmés. Le Sud-Kivu, de son côté, reste à trois cas confirmés, sans nouvelle contamination signalée depuis plusieurs semaines.
Cependant, le suivi des personnes ayant été en contact avec les malades demeure insuffisant. Les équipes de riposte ont réussi à surveiller 13 988 contacts sur les 17 472 identifiés, soit un taux de suivi de 80,1 %, encore inférieur au seuil de 95 % recommandé pour interrompre efficacement la chaîne de transmission. Certaines zones de santé continuent d'enregistrer un nombre important de contacts perdus de vue, compliquant les efforts de surveillance épidémiologique.
La capacité de prise en charge des malades constitue également une préoccupation majeure. À l'échelle nationale, 690 patients sont actuellement hospitalisés dans les structures d'isolement, dont 333 cas confirmés et 357 cas suspects. Plusieurs centres de traitement, notamment en Ituri, fonctionnent déjà au-delà de leur capacité d'accueil, alors que les besoins en personnel, en équipements et en moyens logistiques restent importants.
En parallèle, les équipes de riposte font face à des résistances croissantes de certaines communautés. Ces derniers jours, des incidents ont été signalés à Butembo et à Beni, où des habitants se sont opposés aux enterrements sécurisés et ont attaqué des équipes sanitaires venues évacuer des cas suspects. Des structures de santé ont également été incendiées, compliquant davantage les opérations de lutte contre l'épidémie.
Face à ces difficultés, les autorités sanitaires et leurs partenaires renforcent les activités de sensibilisation communautaire afin d'améliorer l'acceptation des mesures de prévention. La MONUSCO a notamment lancé un nouveau projet de proximité destiné à former des relais communautaires capables de sensibiliser les populations dans les zones les plus touchées.
Par ailleurs, aucun vaccin ni traitement homologué n'est actuellement disponible contre la souche Bundibugyo responsable de cette flambée épidémique. Les autorités poursuivent néanmoins plusieurs essais cliniques destinés à évaluer de nouvelles approches thérapeutiques, tout en rappelant que la détection précoce, l'isolement des malades, le suivi des contacts et l'adhésion des communautés demeurent les principaux moyens de limiter la propagation du virus.
Il sied de rappeler que lors du dernier Conseil des ministres, le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a demandé un rapport détaillé sur le financement de la riposte, notamment concernant le paiement des équipes engagées sur le terrain. Les retards de rémunération ont déjà provoqué des mouvements de grève dans certaines zones de santé, illustrant les défis auxquels restent confrontées les autorités sanitaires dans leur lutte contre cette épidémie.
Abdoul Madjid Koyakele
Commentaires (0)
Soyez le premier à commenter cet article.
Laisser un commentaire